19.12.2010

Sacha Lenoir

Le ferry venait de s’éloigner de l’agitation du port, laissant sur la côte la nuée sombre des journalistes qui s’étaient agglutinées pour immortaliser le départ de Sacha. Celle-ci, accoudée sur la rambarde, fixait la terre qui diminuait progressivement, inconsciente des nombreux regards que les passagers posaient sur elle. Elle était habituée à ce que tout le monde se retourne sur son passage en la montrant du doigt, cela faisait partie d’une journée type chez Sacha Lenoir. Heureusement personne ne viendrait l’importuner, la présence de ses parents et celle, plus intimidante, du garde du corps, devait y être pour quelque chose.

 

   Après le déjeuner, la petite fille déambula sur le bateau suivit discrètement par le garde du corps. Sur un siège situé face à une grande baie vitrée, un vieil homme regardait l’étendue azur. La fillette s’assit à côté de lui et imita son occupation, mais s’ennuya au bout de quelques minutes. Elle communiqua son impatience à grands renforts de soupirs, l’homme ne réagit pas. Alors elle lui demanda : - Comment vous faites pour ne pas vous ennuyer ?

- Parce que observer la mer m’aide à me détendre, je laisse mes pensées s’ordonner pour qu’à la fin elles finissent comme cette eau : calme et tranquille. Répondit son aîné.

-        J’ai déjà essayé, mais je ne supporte pas d’être assise sans bouger il faut que je sois active. Expliqua-t-elle.

-        C’est normal, à ton âge tu as besoin de dépenser ton énergie.

-        Pourtant les médias on dit que j’étais déjà très mûre pour mon âge. Affirma la fillette avec fierté.

-        Comment les journalistes peuvent parler d’une aussi petite fille ? S’étonna le vieil homme.

-        Vous n’avez jamais entendue mon prénom à la télé ou dans les journaux ? S’exclama-t-elle, médusée.

-        Je regarde rarement la télévision et je doute que les sujets que je lis dans la presse écrite mentionnent une petite fille. Argumenta le vieillard.

-        Et bien je me présente : Sacha Lenoir. Dit-elle avec un grand sourire.

 

   Celle-ci s’attendit à une réaction enthousiaste et à une demande immédiate d’autographe. Mais s’il avait reconnu son célèbre minois, il n’en montra rien :

-        Navré petite, mais ton patronyme m’est inconnu. Répondit l’homme.

-        Vous ne voulez pas connaître mon histoire ? Proposa Sacha.

-        Ah quoi bon ? Considérant ton jeune âge la raison qui t’a fait devenir célèbre doit être tout aussi courte. De plus connaître tout les détails croustillants de ta vie ne changera pas la mienne. Contra l’homme âgé.

 

    Vexé de ce manque d’attention, Sacha s’en alla la tête haute.

-        Un conseil petite fille, commence un peu à vivre pour toi et non à faire vivre les autres grâce à ta célébrité. Retentit pour la dernière fois, la voix du vieil homme.

 

  Si la jeune fille l’entendit, elle n’en laissa rien paraître. Elle continua son chemin, mais ne pus s’empêcher de réfléchir aux paroles de ce vieillard qu’elle ne reverra certainement jamais. De retour auprès de ses parents, ils s’empressèrent de l’informer sur le programme qui l’attendait mais elle les arrêta en leur indiquant clairement qu’elle passerait sa journée à s’amuser et non en rendez-vous promotionnels. Il y eut des protestations qui se turent devant la mine angélique de Sacha. Celle-ci se tourna alors vers les falaises qui venaient d’apparaître et le rugissement triomphal du bateau retentit dans l’air.  

05.07.2010

Remontrances

 

Lettre retrouvée dans les archives d’un grand magasin de vêtement.

Attention : Les noms des personnes, des lieux et des marques, ont été changés ou censuré pour en préserver l’anonymat.

 

Comtesse Ella Rien   

666 allée du Livre Sterling

****  Capitaliste Land

 

                                                                            Magasin "Vêtements à Gogo"

                                                                                16 rue du Cash

                                                                                 Capitaliste Land           

                                                                                                            Le 30 juin 2010

 

Cher Mr le Directeur,

   Je vous écris en tant que citoyenne de ce pays et ayant la liberté d’expression, pour attirer votre attention sur un problème qui va finir par causer de grands torts à votre établissement. J’en tremble encore d’indignation au moment de rédiger cette missive, mais je ne peux me taire plus longtemps…

  

   Vous savez que la devise de votre magasin est « Vêtements pour tous, sans barrière social », j’apprécie particulièrement votre rayon spécialement pour les SDF garni de toute les guenilles les plus chics. Pourtant il y a quelques jours de cela, j’ai aperçu une femme près des vêtements « Femmes d’affaires glamour » et elle était plutôt d’une forte corpulence. J’aimerais savoir comment vous pouvez cautionnez le fait que cet individu puisse entrer et se promener librement dans votre établissement.

 

  L’objectif de celui-ci est de permettre à tout le monde de s’habiller sans différences sociales, il me semble que vous ne mentionnez pas les différences physiques. J’en ai parlé à des amies autour de moi, toute des personnes de bonne famille, et elles ont été aussi choqués que moi en apprenant ma mésaventure. Elles m’ont immédiatement manifesté leur soutien, donc si cette intruse ose porter plainte pour discrimination lorsque vous lui interdirez de revenir sachez que vous ne serez pas seul. Il est temps de montrer à cette racaille qui sont les élites de la société. L’égalité ne doit être permise qu’à ceux qui ont les moyens de se l’offrir.

 

  J’espère que vous ferez ce qu’il faut pour que ce scandale n’arrive plus, il serait dommage que vous fassiez faillite pour un accident aussi regrettable. Vous trouverez ci-joint une pétition pour vous assurez notre appuie, vous n’y trouverez que des signatures de prestige. En vous adressant mes salutations les plus distingués.

 

 

  Comtesse Ella Rien, deuxième du nom, du comté du Dollar. 

04.07.2010

Zizanie

  Il était une fois, un loup avide de liberté mais maigre comme un clou qui fit la connaissance d'un chien bien portant mais stupide.

- Salut l'ami. Engagea le loup. Comment fais-tu pour être aussi gras ?

- Rien de plus simple, il me suffit de faire le beau pour avoir une belle côte d'agneau.

L'animal sauvage n'eut pas besoin d'être convaincu davantage, il voulu le suivre mais le coup pelé du chien doucha son enthousiasme.

- Mais pourquoi cette chaîne qui vous entrave ?

- Trois fois rien, juste une assurance pour que je ne gambade pas trop loin.

- Nul collier ne me dictera ma conduite ! Tonna le loup.

- Et bien dans ce cas, mourrez de faim ! Conclua le chien.

  La discussion aurait pu s'éterniser, si un membre de la race des félidés n'avait pas observé et entendu le bruit provoqué par cette zizanie. Il leur proposa d'échanger leurs places pendant trois jours pour ainsi se forger leur propre opinion au lieu de préjugés. C'est ainsi que le chien devient loup et le loup devient chien. Ce que les canidés n'avaient pas prévu c'était d'apprécier leurs nouvelles condition. Le loup, qui se faisait vieux, appréciait la tranquillité d'existence de son compère. Celui-ci, au contact de la vie à l'extérieur, retrouvait toute l'ardeur de sa jeunesse. C'est ainsi que le chien devient sauvage et le loup domestique. Qu'est devenu le chat me demanderiez-vous ? Après sa discussion il est reparti chasser au grand air, pour s'allonger au coin du feu le soir en ronronnant car pour lui pas besoin de changer de vie quand on peut avoir les deux.